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De l'autre côté du miroir

le 10 avril 2017

Lundi 27 et vendredi 31 mars, les élèves de 4e du collège de Nézant, ayant participé à la Semaine du handicap en novembre dernier, ont fait une restitution de leurs expériences à leurs camarades.

Vendredi 31 mars. D’un côté, la classe de 4e3 d’Aurélie Heuveline, professeur d’histoire-géographie et de l’autre, la classe de 4e1 d’Audrey Barkati, professeur d’EPS.

Les premiers ont participé à la sixième édition de la Semaine du handicap du 21 au 25 novembre dernier et ont travaillé tout au long de l’année dans différentes disciplines au sein du  module Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), désormais obligatoire (au cycle 4 : c’est à dire en classe de 5e, 4, 3e) depuis la réforme du collège en 2016. Ainsi, pour ces élèves, le handicap s’est invité en français, avec la lecture de romans sur le handicap ou encore la rédaction de nouvelles par exemple, en Sciences et vie de la terre (SVT), avec l’étude du corps humain et du fonctionnement du système nerveux, en Enseignement morale et civique (EMC), avec la sensibilisation aux inégalités, aux discriminations et en sport. Aujourd’hui, forts de tous ces enseignements et de leurs expériences, les élèves de 4e3 vont faire découvrir le handicap à leurs camarades de 4e1, au travers d’ateliers sportifs et sensoriels. Au programme, guidage à l’aveugle, boccia (pétanque adaptée), torball (sport de ballon pour les déficients visuels), tennis de table et pour finir, atelier du goût et des odeurs.

Moi, animateur et/ou professeur d’un jour

« Aujourd’hui, les élèves se mettent à la place du professeur et ils changent de rôle, ce qui est très intéressant. Ils ont répété pendant deux heures avant le début de cette session, pour faire face à des situations méconnues pour eux et mieux les maîtriser : parler devant un public avec un micro, animer des ateliers, savoir regarder pour mieux rendre compte... Cette expérience est très enrichissante car cela permet d’apprendre autrement » souligne Aurélie Heuveline. Fin prêts, les élèves de 4e3 sont autonomes pendant plus d’une heure et demie pour coordonner les ateliers de handisport auprès de leurs camarades, sous l’œil bienveillant des professeurs. « Le but de ces animations est de vivre un vrai temps d’échanges entre les jeunes. Aujourd’hui, nous sommes très heureux d’avoir noué des liens privilégiés avec les écoles et le collège qui s’implique chaque année de plus en plus, et qui permet de sensibiliser au handicap un grand nombre d’élèves , » précise Céline Salfati, adjointe au maire, en charge de l’Agenda 21/22 et secondée dans cette mission sur le terrain par Christèle Reytier.

Paroles de…

Parmi les différents ateliers, certains ont remporté plus de succès que d’autres, mais chacun s’est investi avec enthousiasme pour vivre une expérience hors du commun, comme en témoigne Raphaël sur l’atelier guidage à l’aveugle. « Ce n’était pas facile au début, car il n’est pas évident de faire confiance au guide. On ne voit pas les obstacles, on ne connaît pas les hauteurs, les distances. Mais on finit par s’habituer. Pour moi le plus dur, c’est vraiment d’être privé de la vue.  » Et son guide d’un jour, Marvin, de poursuivre : « On a tous choisit nos ateliers à animer et être guide, c’était vraiment original. J’ai beaucoup appris en  me mettant dans la peau d’une personne aveugle. On croit que c’est facile, mais pas du tout en fait. Cette expérience, c’était sérieux et amusant à la fois. Ce que je sais aujourd’hui, c’est que jamais je ne renoncerai à aider une personne en situation de handicap.  »

D’une façon plus ludique, l’atelier goût et odeurs a réservé quelques surprises notamment dans la devinette du « gloubi-boulga », un savant mélange où il fallait reconnaître quatre aliments. Et pour être en immersion totale pour ce reportage, Saint-Brice magazine s’est laissé embarquer dans l’aventure. Les yeux bandés et complètement désorienté, suite à un parcours qui tourne et retourne dans tous les sens, c’est l’heure d’ouvrir la bouche et là aussi, de faire confiance… Que va-ton vous mettre dans le bec ? Car le petit préambule de cette dégustation développe votre ouïe mais vous fait perdre le goût. Cassandre qui n’a pu avaler le mélange, écœurée, reste dans la moyenne de ses camarades et a trouvé seulement deux aliments sur quatre. Le secret de la mixture a été dévoilé un peu avant la fin de la matinée, il fallait reconnaître la banane, le petit suisse, la chips et la pomme. On ne vous dira pas que c’était délicieux mais en tous les cas, nous aussi, on s’est bien amusé !
La séance s’est conclue avec un petit debriefing pour connaître les sensations des uns et des autres et une note très positive : avec un handicap, on peut quand même vivre, faire du sport et s’épanouir.

Aurélie Heuveline, professeur d’histoire-géographie-EMC au collège de Nézant

Pourquoi avez-vous participé à la Semaine du handicap en novembre dernier ?
Au début de l’année, nous avons monté un projet d’EPI « Vivre ensemble avec nos différences » avec ma collègue d’EPS Caroline Bonnot. Nous avons souhaité réaliser cet EPI avec nos classes principales de 4e. Ce projet nous paraissait parfaitement approprié pour ce niveau car c’est souvent en 4e que l’on rencontre le plus de problèmes de discipline ou ceux liés aux discriminations. C’est dans ce cadre que nous avons participé à la Semaine du handicap avec nos classes. Cette journée d’échanges autour du handisport a rendu notre projet beaucoup plus concret pour les élèves. Il me semble fondamental que les élèves pratiquent, testent, bougent pour apprendre et la participation à cette journée était l’occasion d’apprendre de cette façon.

Qu’avez-vous appris avec et sur vos élèves dans cette expérience ?
Cette expérience m’a permis de faire cours différemment pour une meilleure réussite des élèves. Plutôt que de faire un cours traditionnel sur les discriminations, le projet d’EPI a permis de décloisonner les connaissances apprises dans le cadre des différents cours (SVT, EMC, EPS, Français). Les élèves ont fait le lien entre les différents cours et ils me semblent aujourd’hui beaucoup plus vigilants et plus attentifs au respect des autres.

Les élèves se sont-ils vraiment investis dans tous les enseignements qu’ils ont dû développer pour leur EPI ?
Globalement oui. Aujourd’hui le principal problème qu’on peut rencontrer en classe c’est de réussir à intéresser l’ensemble des élèves.  Avec ce projet les élèves ont été obligés de s’investir car ce sont eux qui ont construit le cours à partir de recherches, ce sont eux qui ont présenté, encadré, animé la journée de restitution du vendredi 31 mars.
Le fait de travailler les notions autour de projets rend les élèves plus actifs. Ils apprennent en faisant et non en restant simplement calmes et à l’écoute. L’investissement des élèves est beaucoup plus grand et leur apprentissage favorisé.

Pensez-vous que le regard de vos élèves sur le handicap a évolué ?
Oui, d’une façon générale les élèves de 4e3 sont plus respectueux qu’ils ne l’étaient au début de l’année. Nous avons des élèves en situation de handicap (ULIS – Unités localisées pour l’inclusion scolaire) dans nos classes de 4e et je les sens plus à l’aise qu’au début de l’année.

Participerez-vous à une prochaine édition de la Semaine du handicap, organisée par la Ville ?
Oui avec plaisir. J’aime enseigner de cette façon, sortir des sentiers battus, faire bouger les élèves. La rencontre avec les sportifs de haut niveau en situation en handicap a été un moment d’échanges forts pour les élèves de la classe de 4e3.  Pour préparer la journée du vendredi 25 novembre, les élèves de la classe avaient préparé, en petits groupes, des questions pour les sportifs. Chacun défendait sa question en argumentant. C’était vraiment intéressant. Finalement lors de la journée avec les sportifs nous nous sommes rendus compte que le temps restant ne serait pas suffisant pour poser l’ensemble des questions. Les élèves ont préféré retourner au collège un peu plus tard que prévu que de rentrer sans avoir pu poser leurs questions. Ils se sentaient vraiment concernés par le sujet.
 
Si vous deviez retenir une seule chose de cette expérience, ce serait quoi ?
Cette expérience m’a permis d’avoir une relation différente avec les élèves. Je n’ai pas été un simple professeur qui leur apportait des connaissances mais un guide pour les aider à réaliser leurs recherches et pour monter leurs projets.
Certains élèves de la classe posent régulièrement des problèmes de discipline au collège. Ils ont été très surprenants par leur attitude responsable pendant ce projet et notamment pendant la journée de restitution. Globalement, les élèves se sont sentis valorisés, écoutés et ils ont beaucoup appris sur les différences mais aussi sur eux. Pour moi, c’est l’essentiel.

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