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Jean-François Marmontel, écrivain, Académicien

Modeste fils d’un tailleur d’habits, petit-fils d’un paysan, il est parvenu à la célébrité et à la fortune.

(BORT LES ORGUES 1723 – ABLOVILLE 1799)
Fils d’un artisan du Limousin, J.F. Marmontel commence des études chez les Jésuites. Renonçant à la carrière ecclésiastique, il continue à se former, tout en travaillant et même en aidant sa famille. Il se présente plusieurs fois au concours de poésie des Jeux Floraux de Toulouse, présente à Voltaire un poème, noue avec l’écrivain qui lui conseille d’aller à Paris une amitié durable. Un prix obtenu, il réalise ce projet et poursuit à Paris ses activités poétiques.

Un prix de poésie, décerné par l’Académie française, l’aide à surmonter ses difficultés matérielles. En 1748, il se tourne vers la tragédie et rédigera de nombreux livrets d’opéra et d’opéras comiques. Madame de Pompadour lui obtient une place de secrétaire des Bâtiments du Roi, puis le privilège du Mercure de France où il peut publier ses « Contes moraux » qui rencontrent un très grand succès.

En 1763, Il entre à l’Académie Française, dont il sera le secrétaire perpétuel, vingt ans plus tard. En 1767, il publie son grand roman « Bélisaire » qui est censuré par la Sorbonne. En 1771, il est nommé historiographe du Roi. Un deuxième roman « Les Incas » qui s’attaque à l’esclavage accroît sa notoriété.
En 1777, il épouse la nièce de son ami l’abbé Morellet, philosophe encyclopédiste, qui lui ouvrira aussi l’accès d’une campagne à Saint-Brice en 1781.
De 1789 à 1792, il compose les « Nouveaux Contes moraux », insérés dans le « Mercure ».
Il traverse la Révolution comme député de l’Eure où il séjourne, d’abord, à Grignon, puis à St-Germain, près d’Evreux enfin à St Aubin sur Gaillon. De 1793 à sa mort en 1799, il rédige ses Mémoires.
Texte rédigé par l’association Les Amis du vieux Saint-Brice

Pour en savoir plus

« Marmontel épousa le 13 octobre 1777 une nièce de l’abbé Morellet, hommes de lettres proche des encyclopédistes, ami de Turgot et de l’imprimeur-libraire Louis François de Latour qui possédait une campagne à Saint-Brice. Son épouse, Marie-Adelaïde Leyrin de Montigny, vient de mettre au monde, le 18 octobre 1780 un enfant qui réclame des soins attentifs.
Ma femme, pour garder la nourrice auprès d’elle et faire respirer un air pur à l’enfant, désira d’avoir une maison de campagne, et un ami de M. Morellet nous prêta la sienne à Saint-Brice. Dans ce village étaient deux hommes estimables, intimement unis ensemble, et avec qui moi-même je fus bientôt lié. L’un était le curé, frère aîné de l’abbé Maury, homme d’un esprit sage et d’un caractère excellent ; l’autre était un ancien libraire appelé Latour, homme doux, paisible, modeste, d’une probité délicate et aussi obligeant pour moi qu’il était charitable envers les pauvres du village. Sa bibliothèque fut la mienne.

Je travaillais à l’Encyclopédie*. Je me levais avec le soleil et, après avoir employé huit ou dix heures de la matinée à répandre sur le papier cette foule d’observations que j’avais faites dans mes études, je donnais le reste du jour à ma femme et à mon enfant. Il faisait déjà nos délices.
À mesure que le bon lait de notre jeune Bourguignonne faisait couler la santé dans ses veines, nous voyions sur son petit corps, sur tous ses membres délicats, les chairs s’arrondir, s’affermir ; nous voyions ses yeux s’animer ; nous voyions son visage se colorer et s’embellir. Nous croyions voir aussi sa petite âme se développer et son intelligence éclore. Déjà il semblait nous entendre et commençait à nous connaître : son sourire et sa voix répondaient au sourire, à la voix de sa mère ; je le voyais aussi se réjouir de mes caresses. Bientôt sa langue essaya ces premiers mots de la nature, ces noms si doux qui des lèvres de l’enfant, vont droit au cœur du père et de la mère.

Je n’oublierai jamais le moment où, dans le jardin de notre petite maison, mon enfant qui n’avait encore osé marcher sans ses lisières, me voyant à trois pas de lui à genoux, lui tendant les mains, se détacha des bras de sa nourrice, et d’un pas chancelant mais résolu vint se jeter entre mes bras. Je sais bien que l’émotion que j’éprouvai dans ce moment est un plaisir que la bonne nature a rendu populaire. Mais malheur à ces cœurs blasés à qui, pour être émus, il faut des impressions artificielles et rares. Une femme de nos amis disait de moi assez plaisamment : « Il croit qu’il n’y a que lui au monde qui soit père ». Non, je ne prétends pas que pour moi l’amour paternel ait des douceurs particulières ; mais ce bonheur commun ne fût-il accordé qu’à moi, je n’y serais pas plus sensible. Ma femme ne l’était pas moins aux premières délices de l’amour maternel ; et vous concevez qu’auprès de notre enfant nous n’avions ni l’un ni l’autre à désirer aucun autre spectacle, aucune autre société.

Notre famille cependant et quelques-uns de nos amis venaient nous voir les jours de fêtes. L’abbé Maury était du nombre, et il fallait entendre comme il se glorifiait d’avoir présagé mon bonheur. Nous voyions aussi quelquefois nos voisins, le curé de Saint-Brice, le bon Latour et sa digne femme qui aimait la mienne.
Nous faisions assez fréquemment des promenades solitaires, et le but de ces promenades était communément cette châtaigneraie de Montmorency que Rousseau a rendue célèbre. «C’est ici, disais-je à ma femme qu’il a rêvé ce roman d’Héloïse, dans lequel il a mis tant d’art et d’éloquence à farder le vice d’une couleur d’honnêteté et d’une teinte de vertu.»

Extrait des Mémoires de Jean-François Marmontel, présenté par Les Amis du vieux Saint-Brice

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