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Marie-Catherine Riggieri

Marie-Catherine Riggieri est devenue actrice de la Comédie italienne, sous le nom de Mademoiselle Colombe

(VENISE 1751 -  PARIS 1830)

Elle a séjourné régulièrement à Saint-Brice de 1769 à 1805, rue du Mont de Veine, actuelle rue Edith Wharton, dans cette belle « Folie » que son amant, le financier Jean-André Vassal, fils d’un conseiller du roi à la Cour des Comptes, lui fit construire.

En 1761, François Riggieri quitte la Giudecca, le quartier industrieux de Venise, avec sa mandoline, son épouse Angélique-Dorothée Rombocoli et trois petites filles qui, dès leurs premiers pas, ont su danser, évoluer et surtout charmer. Leur apprentissage s’est poursuivi sur les routes du Piémont, de la Savoie et du royaume de France. Les bateleurs italiens sont nombreux ; ils vont de ville en ville, plutôt de foire en foire.

Arrivée à Paris, la famille Riggieri-Rombocoli a sa loge à la foire Saint-Germain et à la Foire Saint-Laurent. Quelques bonnes relations sont nouées et la jeune Marie-Catherine, l’aînée des demoiselles, âgée à peine de quinze ans, rentre à la Comédie-Italienne. C’est la reconnaissance des talents, la sécurité d’emploi, la protection des Gentilshommes de la Chambre du roi et surtout la promesse d’une ascension sociale ; ce dont rêve pour ses filles, comme pour elle-même, Angélique-Dorothée Rombocoli.

Bien vite, Marie-Catherine, devenue mademoiselle Colombe (son nom de scène), dont le visage a la délicatesse et la douceur d’une madone vénitienne, suscite la passion d’un jeune universitaire Irlandais venu sur le continent parfaire son éducation : le comte de Massereene. Angélique-Dorothée Rombocoli ne voit pas partir sa fille aînée, d’un œil tranquille. Sa fille, c’est un capital qui doit lui rapporter et elle se comporte en matrone qui défend ses intérêts et loue les charmes de sa fille au prix fort.

À la police, elle fera plus tard une déclaration d’enlèvement, sans doute pour éviter le châtiment dû à ses marchandages... Ces marchandages : une enveloppe de deux cents louis d’or, puis une enveloppe de deux mille quatre cents livres et d’autres négociations de bail au bout d’un mois. Les exigences de cette mère-entremetteuse sont telles que le comte de Massereene ira auprès du commissaire faire une acquisition officielle et légale de sa colombe bien-aimée. Il donnera son nom au fils qu’elle mettra au monde et qui sera mis en nourrice, selon la coutume de l’époque.

Cette liaison durera deux ans ; les tourtereaux mènent grand train, emménagent dans un hôtel particulier du quartier aristocratique de Saint-Germain. Seulement, cette prodigalité du riche Irlandais attire les escrocs et le généreux Massereene se voit peu à peu dépouillé par son intendant et quelques complices. Il a signé tellement de lettres de change sans trop vérifier qu’il finit par être emprisonné pour dettes. Marie-Catherine Riggieri-Colombe ne tient pas à être mêlée à ces trafics, craint d’être suspectée de complicité et recherche un nouveau protecteur-mécène. Elle retient l’attention d’un jeune financier, fils d’un secrétaire du roi à la Cour des Comptes, Jean-André Vassal.

Nous sommes en 1769. La vallée de Montmorency, son massif forestier, ses coteaux, ont retenu pendant quelques années le célèbre « promeneur solitaire », écrivain, musicien, herboriste, Jean-Jacques Rousseau. Il est de bon ton d’avoir sa campagne dans un voisinage si prestigieux, de pratiquer un retour à la nature, dans une nature modelée selon les raisons du cœur et de l’imagination. Jean-André Vassal achète une terre, une maison et ses dépendances, au cœur du village de Saint-Brice, rue du Montdeveine. Cette propriété lui paraît trop rustique : il la démolit et fait construire par le brillant architecte à la mode Bélanger, cette « folie » néo-classique, dont notre ville peut toujours s’enorgueillir.Jean-Honoré-Fragonard peignit plusieurs tableaux de l’actrice. Il la choisit comme modèle pour réaliser des allégories de l’amour.

En 1772, Jean-André Vassal épousa la fille d’un conseiller à la Cour de Montpellier : Anne-Françoise Pas de Beaulieu, mais laissa à sa protégée, par acte passé devant notaire, l’usufruit et la jouissance de la propriété de Saint-Brice.
Marie-Catherine Riggieri-Colombe, après son départ de la Comédie-Italienne, se montra une gestionnaire avisée de ses biens et ne manqua jamais de rien. Elle mourut dans l’appartement qu’elle louait à l’angle de la rue et du boulevard Montmartre le 17 mai 1830. L’inventaire après décès montre qu’elle disposait d’une grande aisance.

Texte rédigé par Monique Borde-Germain, Les Amis du vieux Saint-Brice

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