René Dubos
Chercheur, écologue, humaniste, écrivain et conférencier.
Une culture immense, une prodigieuse intelligence, une ardeur au travail et une modestie de chercheur ébloui par les potentialités de l’homme et de la nature.
Né à
Saint-Brice-sous-Forêt le 20 février 1901, dans une famille
d’artisans estimée, il passa son enfance dans l’Oise, à
Hénonville, et son adolescence à Paris où ses parents vinrent
s’installer pour ses études. Le Collège Chaptal. Les concours
des Grandes Écoles. L’Institut National Agronomique. A 21
ans, René Dubos a son diplôme d’ingénieur d’agronomie
coloniale, mais son état de santé ne lui permet pas de travailler
en Indochine comme prévu.
Il obtient un poste de rédacteur à l’Institut International
d’Agriculture de Rome, poursuit ses lectures scientifiques et
découvre l’intérêt de la microbiologie. Etudier les
micro-organismes dans leur environnement devient son objectif. Un
voyage aux U.S.A., des rencontres opportunes orientent son
existence.
Il devient assistant chercheur dans le New-Jersey, à
l’université Rutgers, passe une thèse en microbiologie des
sols et s’intéresse tout particulièrement aux interactions
des microsystèmes entre eux et leur environnement.
La rencontre du professeur Oswald T. Avery le conduisit à
l’Institut Rockefeller où des études poussées se faisaient
sur les pneumocoques, bactéries responsables des pneumonies. René
Dubos apporta une importante contribution à ces travaux en isolant
des enzymes qui permettaient d’obtenir leur destruction. Ces
découvertes de 1927-1930 ouvrirent la voie aux futurs
antibiotiques.
En 1938, il retira d’un micro-organisme qu’il venait
d’isoler une substance anti-bactérienne : la tyrothricine qui
contenait la tyrocidine et la gramicidine. En 1939, la gramicidine
fut le premier antibiotique utilisé en médecine à être
commercialisé. Le travail de Dubos relança les recherches sur
l’intérêt du penicillium qui aboutirent en 1940 à la
découverte de la pénicilline. En 1942, la streptomycine vit le
jour. Dans la distribution des prix Nobel pour ces résultats si
importants dans la lutte anti-bactérienne, le professeur René
Dubos, si généreux de son savoir, si modeste devant ses
découvertes, fut totalement et injustement oublié.
Les études des micro-organismes et de leurs comportements
conduisent René Dubos à une réflexion sur les facultés
d’adaptation des êtres vivants, des microsystèmes à
l’homme, sur leurs interactions créatives, sur
l’importance de l’environnement. Il souligne tout
particulièrement le rôle de l’environnement dans le
déclenchement de troubles et de maladies. Il envisage les
adaptations de fortune qui sont des solutions à court terme mais
laissent envisager des handicaps divers à long terme. C’est
un signal d’alarme qu’il tire très tôt.
La vie de René Dubos se déroula entre ses recherches à
l’Institut Rockefeller, les communications de ses travaux,
les conférences et les ouvrages d’information sur les
relations entre les hommes et leur environnement, sur les
incertitudes de la santé dans un monde en perpétuelle
transformation, sur la nécessité de développer sa propre
individualité pour apporter à tous sa contribution.
Dès les années 50, René Dubos s’orienta vers
l’écologie de la planète. S’il s’inquiétait de
désastres prévisibles, il gardait toujours par volonté son
optimisme en se fiant aux capacités d’adaptation de
l’homme et aux puissances de récupération de la nature. Il
posait souvent le problème d’une urbanisation harmonieuse
tournée vers l’épanouissement de l’homme en relation
avec la nature, sur cette planète Terre qu’il aimait tant et
n’a cessé d’étudier.
Il mourut à New-York en 1982, le jour de son anniversaire, en
écoutant du chant grégorien et les cloches de
l’Ile-de-France.
Selon son principe que l’homme se construit et révèle ses
potentialités à travers les expériences de sa vie, l’enfant
d’Ile-de-France, l’agronome, l’Américain de
Manhattan, le microbiologiste façonnèrent René Dubos
l’humaniste soucieux de célébrer et de défendre la vie dans
sa richesse et sa diversité.
Texte rédigé par
l’association "Les amis du vieux Saint-Brice"