Une conférence musicale consacrée à la nuit

Publié le 27 novembre 2025 - Mis à jour le 18 décembre 2025

La nuit inspire les musiciens. Des nocturnes aux berceuses en passant par des expériences sensorielles uniques, Régis Aubert explorera cette relation intime entre la musique et la nuit lors d’une conférence, plongée dans la pénombre, intitulée « Au seuil du silence : musique et nuit ».

Secrétariat du service culturel

À l’occasion de cette conférence, nous avons rencontré le conférencier Régis Aubert qui posera ses disques le samedi 20 décembre prochain à 15h au centre culturel Lionel Terray. Écoutez notre interview dans cette vidéo.

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis enseignant à l'Institut d'études supérieures des arts de la Ville de Paris, j'enseigne l'histoire de la musique et la médiation culturelle, je suis également consultant pour le CNED, conférencier, formateur pour les professionnels de la culture, et chargé de médiation culturelle à la ville de Gagny.

Comment est venue l'envie de proposer une écoute dans l’obscurité plutôt qu'une simple conférence musicale ?

Parce que je pense que ces conditions d'écoute aiguisent un peu la perception que l'on peut avoir de la musique. En tout cas, la transforment, très certainement. Et que le fait d'être privé du sens de la vue permet justement de se focaliser davantage sur l'audition.
J'espère, en tout cas, qu'elle fera naître des envies d'aller un peu plus loin par rapport aux œuvres et aux artistes qui seront présentés. Elle créera peut-être, chez celles et ceux qui auront assisté à cette séance, un état particulier dont les effets se prolongeront dans le temps, le plus longtemps possible. Un état de détente, de relaxation mais aussi de disponibilité aux œuvres. C'est ce que provoque le fait d'être dans une pénombre, une semi-obscurité, dans un clair-obscur, pour faire le lien avec la peinture.

La nuit aspire souvent à la création, entre mystère, apaisement et introspection. Pourquoi la nuit fascine-t-elle autant les compositeurs ?

La nuit est un moment un peu trouble, une période d'indécision, et, en même temps, un espace de liberté où certaines choses sont permises, qui seraient sans doute interdites la journée. La nuit a toujours été un terrain fertile pour l’histoire de la musique et a fasciné les compositeurs de multiples façons. À l'époque baroque, Monteverdi nous propose une nuit légèrement sensuelle. Avec les romantiques comme Chopin, qui crée le terme et le genre de nocturne musicale, elle devient plus émotionnelle. Au XXe siècle, dans la musique électronique et le rock, elle devient festive mais aussi un temps de permission. On ne saurait parler de la nuit sans évoquer le jazz qui est une musique profondément nocturne, à beaucoup d'égards. 

Vous allez présenter des artistes, en majorité méconnus du grand public, comme Anouar Brahem, Arnold Schoenberg, Lu Wencheng ou encoreBallaké Cissoko & Vincent Ségal.

Je suis très heureux que le public fasse aussi des découvertes, et qu’il découvre à la fois des artistes, mais aussi des esthétiques et des façons d'approcher, d'entrer dans la nuit, singulières et différentes.

Le compositeur Max Richter a composé Sleep, une œuvre symphonique de huit heures pensées pour accompagner et même favoriser le sommeil, jouée la nuit dans des salles transformées en dortoirs. Il est venu notamment la jouer ce mois-ci à la Fondation Louis Vuitton. Que vous inspire cette démarche où l’écoute devient un prolongement du rêve et où la frontière entre concert et expérience sensorielle disparaît ? Est-ce encore un concert… ou déjà un rêve partagé ?

J'ai eu la chance d'assister à l’un de ses concerts en 2017. En y allant, je m'étais complètement trompé sur la véritable intention de cette œuvre. Je suis arrivé complètement chargé au café comme jamais. Je crois que si j'avais croisé un berger allemand, dans la rue, je l'aurais sans doute attaqué à pleines dents. Je m’étais préparé à écouter 8h30 de musique et à rester éveillé…. Et je suis passé complètement à côté de cette œuvre. Parce que, au fond, cette œuvre, dans sa première partie, dans la première demi-heure, elle vous prépare à l'endormissement. Tout le reste de cette symphonie, soit plus de 8 heures, doit être perçu presque dans un état inconscient. La musique va continuer à résonner en nous, probablement orienter la phase paradoxale, cette phase de production du rêve, en agissant sur l'activité cérébrale. Des fréquences vont peut-être faire fonctionner différemment notre cerveau et ainsi provoquer le surgissement d'images mentales à travers le rêve. C'est une œuvre passionnante, qui est non seulement musicale, mais pour laquelle Max Richter a sollicité des spécialistes des neurosciences, des spécialistes du sommeil. C'est une œuvre importante, je crois, dans l'histoire musicale de l'humanité, parce que Max Richter, à travers cette œuvre, rend à l'humanité ce qui lui manquait, en tout cas dans le répertoire des musiques dites savantes, c'est une berceuse. Et, en le faisant, Max Richter, en composant une berceuse, touche à l'universel de la musique. Parce que s'il y a bien un dénominateur musical commun, à toutes les cultures, c'est la berceuse précisément.

Comment avez-vous construit votre programme : s’agit-il d’un fil narratif, d’une progression sonore, d’un dialogue entre les œuvres ?

Oui, ça fera un peu de tout ça, l'idée va être bien d'entrer progressivement dans la nuit et le silence, un silence dont on sait bien qu'il est impossible, bien sûr. On se maintiendra à la fois à la lisière du silence et on essaiera d'aller vers le plus profond de la nuit pour en ressortir après, progressivement.

En quoi les berceuses incarnent-elles si bien la nuit ?

La berceuse est le bien musical commun à toute l'humanité, c'est justement ces petites œuvres musicales qui nous préparent à l'endormissement, qui nous préparent à la nuit, qui sont des portes d'entrée vers la nuit.

À qui recommanderiez-vous particulièrement cette conférence : aux mélomanes, aux curieux, aux rêveurs ?

À toutes celles et ceux qui ont une curiosité pour la musique, une attirance pour le thème, qui ont l'envie d'être - agréablement - surpris. Il ne s'agit pas d'emmener les personnes qui seront présentes vers des territoires musicaux légèrement hostiles, vers une nuit dangereuse et inquiétante. Au contraire, la nuit sera belle, douce et rêveuse.

Si le public devait garder une seule sensation après votre conférence, laquelle serait-elle ?

Une sensation de calme et de s'être laissé envelopper par ces musiques. L'intérêt est d'offrir un moment où chacune et chacun est dans une entière disponibilité à l'écoute, et donc aussi à soi-même, parce qu'on sait que c'est l’une des facultés de la musique que de nous renvoyer aussi à notre mémoire émotionnelle et à notre mémoire autobiographique.

Après cette conférence en décembre, vous allez revenir à Saint-Brice pour une conférence le 14 mars intitulée « Des étoiles plein les oreilles : musique et espace » et une autre le 30 mai sur le handicap. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Le thème sur l'espace sera une espèce de voyage dans une cosmogonie musicale où tous les genres et toutes les esthétiques seront représentées. Et il faut s'attendre à des surprises.
Quant à celle sur le handicap, il faudra s'attendre à être profondément ému devant ces parcours d'artistes qui sont des modèles de combativité et de résilience et qui arrivent à dépasser ces contraintes liées à leur handicap, et à nous toucher à travers leur musique.

Infos pratiques

Conférence « Au seuil du silence : musique et nuit »
Samedi 20 décembre à 15 h
Centre culturel Lionel Terray
A partir de 10 ans
Rens. et inscription en ligne ou par téléphone au 01 39 33 01 85 ou par mail à secretariat-culturelsaintbrice95fr

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